Expatriation

Vivre en Andorre en 2026 : avantages, limites et coût d'entrée

Vivre en Andorre en 2026 : retour de terrain sur la principauté des Pyrénées

Je viens de passer plusieurs jours en Andorre avant d’enregistrer ce podcast à Madrid avec Olivier Roland. Pas un aller-retour touristique : le genre de séjour où l’on va faire ses courses, où l’on marche dans les rues le soir, où l’on regarde comment les gens vivent réellement.

La plupart des pages que vous trouverez sur l’expatriation en Andorre sont écrites par des cabinets qui vendent le dossier de résidence. Elles sont utiles pour la procédure. Elles ne vous diront jamais pourquoi vous pourriez ne pas vous y plaire.

Cet article fait l’inverse. L’Andorre est une excellente destination pour un profil précis, et un mauvais choix pour tous les autres.

Vivre en Andorre : ce qui frappe quand on arrive

Trois choses frappent en arrivant. La première, c’est un sentiment de familiarité. Vous êtes dans les Pyrénées, à quelques heures de route de la France. Pour un Français ou un Espagnol, il n’y a pas d’arrachement culturel : rien à voir avec une installation en Asie ou dans le Golfe.

J’ai un test personnel dans chaque pays que j’évalue : je vais au supermarché. Cela agace un peu mon entourage, mais c’est révélateur. En Andorre, vous trouvez un mélange de produits français et espagnols, y compris du bon fromage. La nourriture est bonne, la variété est là.

Le deuxième point est plus brutal. J’arrivais de France. Là-bas, les rues sentent parfois l’urine, il y a des tags un peu partout, et un sentiment d’insécurité qui n’est pas seulement un sentiment. Quand vous arrivez à Andorre-la-Vieille, la ville respire la sécurité et la propreté. C’est ordonné, tout est carré. C’est probablement ce qui séduit le plus les nouveaux arrivants.

Le troisième pèse plus lourd qu’on ne le croit : la langue. Le catalan est la langue officielle, le castillan vient ensuite et le français juste après. Une personne qui ne parle que français peut y avoir une vie normale.

C’est rare. Beaucoup de Français qui me contactent ne parlent pas bien anglais, et encore moins espagnol. C’est le premier obstacle à leur projet. En Andorre, cet obstacle disparaît. Cela dit, je maintiens ce que je répète à tous les futurs expatriés : sortez de votre zone de confort ; tout le monde peut apprendre l’anglais.

Combien paie-t-on d’impôts en Andorre ?

C’est la raison pour laquelle la plupart des gens s’y intéressent, alors autant donner les chiffres tout de suite.

ImpôtTaux en 2026
Impôt sur le revenu (IRPF), jusqu’à 24 000 €0 %
Impôt sur le revenu, de 24 000 € à 40 000 €5 %
Impôt sur le revenu, au-delà de 40 000 €10 %
Impôt sur les sociétés10 %
TVA locale (IGI), taux standard4,5 %
TVA locale sur les produits de première nécessité1 %
Droits de succession et de donation0 %
Impôt sur la fortune0 %

Ces taux valent pour les revenus du travail, d’activité et immobiliers. Les revenus de l’épargne (dividendes, intérêts, plus-values mobilières) sont imposés à 10 % au-delà de 3 000 euros seulement, ce qui concerne directement un résident passif qui vit de son patrimoine.

Une TVA à 4,5 % contre 20 % en France, cela se voit sur un budget mensuel. Zéro droit de succession, cela se voit sur une transmission.

Maintenant la nuance que les pages commerciales n’apportent jamais. Dix pour cent, c’est formidable quand on arrive de France. Ce n’est pas zéro.

Pour quelqu’un qui a une famille, un patrimoine et l’envie de rester en Europe, la différence entre 10 % et 0 % ne justifie pas de partir à l’autre bout du monde. Pour un entrepreneur du web de 28 ans qui peut travailler depuis n’importe où, ces 10 % coûtent une somme réelle chaque année, et d’autres montages ou destinations descendent plus bas.

C’est exactement pour cette raison que l’on croise très peu de jeunes entrepreneurs francophones du web en Andorre. Beaucoup d’hispanophones s’y sont installés, quelques francophones aussi, mais cela reste l’exception.

Ce que la loi 2/2026 a changé cette année

Voici l’information que vous ne trouverez pas dans le podcast, et que beaucoup de pages françaises n’ont pas encore mise à jour. L’Andorre a durci ses règles d’entrée en 2026.

RègleAvantDepuis la loi 2/2026
Investissement minimum, résidence passive600 000 €1 000 000 €
Versement à l’autorité financière andorrane50 000 € récupérables50 000 €, non remboursables, acquis à l’État
Versement par personne à charge12 000 € récupérables12 000 €, non remboursables
Présence minimale, résidence passive90 jours par an90 jours par an
Présence minimale, résidence active183 jours par an183 jours par an

Deux choses méritent votre attention.

La première : les 50 000 euros étaient présentés partout comme une caution rendue à la fin de la résidence. Ce n’est plus vrai. La loi a supprimé le mot « dépôt » et en fait un versement non remboursable, acquis à l’État, sauf si votre demande initiale est refusée. La totalité est donc un coût d’entrée définitif. Traitez-la comme une dépense, pas comme un placement.

La seconde : le seuil d’investissement passif est passé de 600 000 à 1 000 000 d’euros. Deux détails changent le calcul réel. Les 50 000 euros ne sont plus déductibles de ce million, donc le ticket d’entrée effectif est de 1 050 000 euros, plus 12 000 euros par personne à charge. Mais le montant tombe à 400 000 euros si l’investissement est dirigé vers le Fonds du logement andorran, ce qui reste la porte la plus accessible. Par l’immobilier classique, il faut désormais plus de 800 000 euros par bien.

À cela s’ajoute un quota, et c’est le chiffre le plus parlant du dossier. Le décret 74/2026, publié au bulletin officiel andorran le 12 mars 2026, fixe à 200 le nombre total d’autorisations de résidence sans travail pour l’année, dont 163 seulement pour la résidence passive au sens strict. Le contingent précédent, en vigueur depuis mars 2023, était de 600 autorisations dont 490 passives, et le décret constate lui-même qu’il est épuisé. On passe donc de 490 places à 163, une baisse de deux tiers. Le quota des travailleurs indépendants est fixé séparément à 200 par le décret 75/2026.

Les quatre raisons pour lesquelles je n’y vivrais pas

Ce sont mes critères, pas une vérité générale. Ils expliquent aussi pourquoi les entrepreneurs du web que je côtoie ne s’y installent pas.

  • Pas de mer. Si vous aimez la montagne, la randonnée, le ski et la pêche en rivière, l’Andorre est fantastique. Si vous avez besoin de l’océan, la question est réglée avant même de commencer.

  • La mobilité aérienne. L’aéroport le plus proche, La Seu d’Urgell, est côté espagnol, à environ trente minutes en taxi. Il ne propose que deux liaisons directes : Madrid et Majorque. Une ligne vers Paris est annoncée depuis des années. Pour un vol long-courrier, il faut rejoindre Barcelone ou Toulouse, à environ trois heures de route chacune.

  • La taille. Environ 90 000 habitants dans tout le pays. C’est un village à l’échelle d’un territoire. Cela plaît beaucoup ou pas du tout.

  • Les 10 %. Ce n’est pas la meilleure fiscalité d’Europe, et quand on a le choix complet de sa destination, cette différence finit par compter.

Je suis passé par Madrid pour ce podcast justement à cause du deuxième point. J’aurais pu ne pas croiser Olivier Roland s’il y avait eu davantage de vols directs depuis La Seu d’Urgell.

Pour qui l’Andorre est probablement le meilleur choix d’Europe

Le profil est assez net une fois qu’on l’a vu sur place. L’Andorre est faite pour une famille qui veut se mettre à l’abri dans un endroit préservé, y compris culturellement.

L’école y est classique, avec uniforme. Le pays est ordonné, sûr, propre. La fiscalité est bien inférieure à celle de la France sans qu’il faille quitter l’Europe, ni renoncer à la langue, aux habitudes alimentaires, à la proximité avec la famille restée là-bas.

Six situations où cela fonctionne bien :

  • Une famille avec enfants scolarisés qui veut un cadre stable et sécurisé.

  • Un entrepreneur établi qui a déjà un patrimoine et qui cherche à protéger une transmission.

  • Un retraité avec des revenus européens qui souhaite rester à quelques heures de route de la France.

  • Quelqu’un qui ne parle ni anglais ni espagnol et qui ne veut pas que ce soit un frein.

  • Un amateur de montagne qui passe ses week-ends à skier ou à randonner.

  • Une personne qui veut sortir du système fiscal français sans rompre avec l’Europe.

À l’inverse, si vous avez moins de 35 ans, que votre activité tient dans un ordinateur portable et que vous voyagez plusieurs mois par an, l’Andorre va vous coûter en mobilité ce qu’elle vous fait gagner en tranquillité. Regardez plutôt le comparatif entre l’Asie et l’Amérique latine.

Dans tous les cas, la première étape ne change pas : il faut sortir proprement du système français avant de penser à l’entrée dans le nouveau pays. C’est le sujet de notre guide sur la sortie de résidence fiscale française, et l’ensemble de la démarche est détaillé dans notre méthode d’expatriation en cinq étapes.

FAQ

Combien d’impôts paie-t-on en Andorre en 2026 ?

L’impôt sur le revenu andorran est progressif avec trois tranches : 0 % jusqu’à 24 000 euros, 5 % entre 24 000 et 40 000 euros, puis 10 % au-delà. L’impôt sur les sociétés est de 10 %. La TVA locale, appelée IGI, est de 4,5 % au taux standard et 1 % sur les produits de première nécessité. Il n’y a ni droits de succession ni impôt sur la fortune.

Combien faut-il investir pour obtenir la résidence en Andorre ?

Depuis la loi 2/2026, la résidence passive exige un investissement minimum de 1 000 000 euros en actifs andorrans, contre 600 000 euros auparavant. S’y ajoutent 50 000 euros versés à l’autorité financière, non remboursables et non déductibles de ce million, et 12 000 euros par personne à charge. Le seuil tombe à 400 000 euros si l’investissement passe par le Fonds du logement andorran. La résidence active passe par la création d’une société andorrane avec au moins 34 % du capital.

Combien de temps faut-il passer en Andorre chaque année ?

La résidence passive demande 90 jours de présence par an, ce qui est l’un des seuils les plus bas d’Europe et convient à quelqu’un qui voyage beaucoup. La résidence active, celle de l’entrepreneur qui crée une société sur place, exige 183 jours par an, avec affiliation au régime social andorran.

Peut-on vivre en Andorre en ne parlant que français ?

Oui. Le catalan est la langue officielle et la plus entendue dans la rue ; le castillan arrive ensuite, mais le français est très répandu, souvent avec un fort accent espagnol. Une personne qui ne parle que français peut mener une vie normale en Andorre, ce qui est rare parmi les destinations à fiscalité faible. Parler espagnol reste un avantage net au quotidien.

L’Andorre est-elle une bonne destination pour un entrepreneur du web ?

Rarement. L’imposition à 10 % est bonne mais pas la meilleure disponible, l’aéroport le plus proche ne propose que deux liaisons directes, et le pays compte environ 90 000 habitants. Un entrepreneur du web qui voyage plusieurs mois par an y perdra en mobilité. Le profil qui s’y épanouit est plutôt la famille installée qui cherche un cadre sûr et préservé à quelques heures de la France.

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